Le père héros invisible des salles de naissance

24/11/2019


Sophie Dumoutet

Depuis 50 ans seulement, les papas entrent dans les salles de naissances et assistent à l’accouchement ! Tout le monde trouve cela normal aujourd’hui et pourtant c’est une révolution aussi importante que la contraception ou le droit à l’avortement, une révolution silencieuse dont les papas sont l’épicentre… ! Ce sont pourtant des pionniers comme les femmes l’ont été il y a 100 ans !

Pendant la première guerre mondiale, les femmes ont pris la place laissée vacante par les hommes partis sur le front, elles ont travaillé dans les champs, dans les usines, ont pris une place considérable dans la société. Avant que ne soit reconnue leur participation, il aura fallu attendre la fin de la 2nde guerre mondiale avec le droit de vote et peut être même 100 ans pour reconnaitre leur courage et leur abnégation dans le magnifique film de Xavier Beauvois, « les gardiennes ».

Quand va-t on enfin reconnaitre le courage des hommes qui entrent dans une salle de naissance ? Sur l’échelle de l’humanité, 50 ans cela représente à peine une poussière de temps! Aucune tradition ancienne ne propose cela, les femmes ont toujours accouché entre femmes ou plus récemment avec un médecin.  Alors pourquoi les pères se retrouvent-ils propulsés dans une salle de naissance ? L’éclatement des familles, la médicalisation de l’accouchement ont créé un vide qu’il faut combler, les mères ne sont plus là et les sages femmes ne sont plus aussi disponibles qu’avant, elle doivent gérer plusieurs accouchement en même temps! Alors voilà le père seul disponible, par défaut…. ? Vraiment ? N’est ce pas une chance au contraire ?

Que fait on de cette évènement incroyable? Rien de particulier, la place laissée au père reste encore anecdotique, dévalorisée, méprisée : on les cantonne au brumisateur ou encore à la section du cordon ombilical, histoire de lui donner une contenance. Mais n’y a-t-il pas mieux à faire ?C’est aussi oublier, l’importance cruciale du père dans ces moments là! Et le nouveau rôle que les hommes commencent à construire depuis 50 ans. 

On parle beaucoup de la libération des femmes qui poursuit son chemin, L’élan mee too, l’affaire Weinstein sont encore la preuve qu’il y a encore du travail sur la planche ! Mais les hommes dans tout cela ? Ont-ils toujours le mauvais rôle, la mauvaise place ? Plusieurs personnalités, philosophes, sociologues invitent à repenser le rôle de l’homme dans la société et en particulier vis-à-vis des femmes : il ne s’agit plus seulement de partager les tâches qui incombaient aux femmes jusque là, de faire la vaisselle ou encore participer aux tâches ménagères, mais réinterroger sa place dans le couple, dans la famille, dans la société et en particulier le jour de l’accouchement.A l’instar d’Yvan Jablonka dans son essai « les hommes justes », qu’est ce qu’un homme juste ? Et si l’on veut être honnête et aller jusqu’au bout de notre raisonnement, qu’est ce qu’être juste avec les hommes?

Et si pour respecter les femmes il fallait aussi respecter les hommes et leur donner non seulement une place de choix pendant l’accouchement et après aussi, mais toute la reconnaissance qu’ils méritent et qui est encore dénigrée aujourd’hui! Cela passe par prendre en compte la douleur et les émotions qu’ils peuvent aussi ressentir dans ces moments là et les aider à s’y préparer ! Bref, la préparation à la naissance concernent bien entendu les femmes en premier lieu mais aujourd’hui et plus que jamais, les hommes ! 

Dans le film Anna Karenine, un homme entre trop tôt dans la chambre ou sa femme est en train d’accoucher, il est vertement rabroué par sa femme qui hurle, premier choc. Seul derrière la porte, il angoisse, n’en pouvant plus, il ré-ouvre la porte et pendant un court instant, tout semble figé, peut être 2 secondes, et devant le silence qui s’impose à lui, il pense au pire, toute sa vie s’écroule.  C’est une scène d’une violence inouïe pour qui sait regarder.Puis son bébé crie, sa femme le regarde et sourit, il revient à la vie mais tout s’est effondré pendant ce petit laps de temps qui montre toute la violence et la peur que peut engendrer un accouchement chez un homme.

Aujourd’hui, même si la péridurale a atténué quelque peu les démonstrations animales et sauvages de l’accouchement, le père est confronté à une scène complexe, une expérience à nulle autre pareil. Le prince Harry, pourtant pudique, n’a-t il pas dit quelle admiration il avait pour sa femme et la force qu’elle avait pu déployer au moment de l’accouchement ?

Comment rendre honneur aux hommes, comment leur témoigner notre admiration.Dans mes cours et en particulier la séance naissance que j’organise pour les couples, je peux voir combien les hommes ont besoin de reconnaissance et surtout combien cette reconnaissance vient impacter l’implication qu’ils auront par la suite avec leur femme pendant l’accouchement mais aussi et surtout après, dans la relation qu’ils pourront tisser avec leur bébé et leur femme !Le jeu n’en vaut il pas la chandelle ? Juste leur dire merci, merci d’être là, car nous avons besoin de vous, peut être plus que jamais, pour faire bouger les choses !

Il y a 20 ans, j’ai accouché de mon premier enfant. J’ai perdu les eaux le matin. Le soir, mon travail n’avançait toujours pas alors on est passé au déclenchement chimique (sans m’avertir) et…. On a fait partir mon mari pour toute la nuit. Je me suis retrouvée seule, accrochée à la barre du lit comme seul gouvernail, puis, livrée à moi-même, j’ai désobéi, et me suis assise sur une chaise a lutter contre les vagues de douleur et de solitude. Cette expérience m’a amenée à accoucher à la maison par deux fois par la suite pour ne plus jamais revivre le même traumatisme.On sait aujourd’hui l’importance d’une présence humaine et bienveillante pour lutter contre la douleur, on sait qu’une main, un geste, un simple toucher, ont un impact très important sur le vécu de la douleur ou même l’angoisse. Comment dire l’importance de la place d’un homme près de sa femme, même s’il a l’impression de ne servir à rien?Merci à toi Thierry pour avoir été là pendant les 2 autres accouchements, ta main qui caressait mes cheveux pendant mon 2ème accouchement ont été du nectar, une merveille entre les dernières contractions qui nous séparaient de notre bébé, te l’ai-je déjà dit ? Merci.

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